PRESENTATION DE LA SERIE PAR FRANK GIROUD

                                               LA GUERRE INVISIBLE


Dans mon billet de septembre, je vous informais de la sortie prochaine de cette nouveauté. Quand je dis « prochaine », je fais référence à l’échelle de temps éditoriale, à savoir que le premier tome, L’Agence, ne sortira pas avant fin 2018, probablement couplé avec le tome 2, Le Comité. De quoi s’agit-il ?
L’objectif de cette série est de dresser un panorama du monde de l’espionnage dans les Années Cinquante et Soixante, au paroxysme de la Guerre Froide. Bien que les récits soient fictifs et la plupart des protagonistes imaginaires, le contexte historique est reconstitué avec une rigueur qui permet non seulement de rendre crédible chaque épisode, mais aussi de donner une idée assez précise de ce qu’étaient alors les relations internationales et la guerre implacable que se livraient dans l’ombre les grandes puissances.

La Guerre invisible est divisée en cycles courts, essentiellement des triptyques. Chaque cycle est consacré à une suite d’affaires concomitantes et étroitement liées. A l’intérieur du cycle, le premier album relate une mission avec le point de vue d’un agent donné ; le second, suite chronologique du premier, est vu par un(e) espion(ne) adverse et remet tout en cause, dévoilant la manipulation dont les agents précédents ont été victimes. Le dernier enfin, dont l’action se déroule après les deux autres, présente une troisième vison à travers une troisième affaire (et un troisième agent) qui oblige le lecteur à poser un tout autre regard sur l’ensemble du cycle.

Le premier cycle, Jeux de Dupes, permet de pénétrer dans l’univers fermé des trois principaux services secrets de l’époque.

Dans L’Agence, le personnage principal s’appelle Cassandra Bromby mais presque personne ne la connaît sous ce nom et c’est pour une raison très personnelle et bien particulière qu’elle travaille pour la CIA. Au départ, son rôle paraît simple : il s’agit d’exfiltrer un scientifique depuis la fourmilière du Caire, grouillante d’espions et d’anciens nazis. Mais les enjeux de sa mission vont se révéler très différents de ceux auxquels elle s’attendait en débarquant dans l’Egypte de Farouk.

Dans Le Comité, Stepan Klymov est un héros de la Grande Guerre Patriotique, espion soviétique efficace et fidèle à la Patrie du Socialisme. Il ne désire rien d’autre que la servir au mieux, et il y est d’ailleurs brillamment parvenu avec l’affaire du Caire. Il est même prêt à accepter le périlleux statut d’agent double. Mais les frasques de ses proches et le système stalinien vont l’amener à modifier son point de vue et ses projets initiaux.

Enfin, dans L’Institut, on découvre que l’émotion est le pire ennemi de l’espion. Apparemment, Chaïm Glassman en est dépourvu et c’est peut-être ce qui lui vaut d’être pressenti à la tête du Mossad. A moins que ce ne soit la façon dont il a berné les Russes. De son côté, Margarita Mendès parvient elle aussi à mettre sa sensibilité de côté lorsque les intérêts vitaux de son pays sont en jeu. Mais aucun être humain, homme ou femme, ne peut indéfiniment refouler ses peurs, ses haines ou ses passions… et celles-ci choisissent généralement le pire moment pour refaire surface.



Cette série sera publiée chez Rue de Sèvres.
Pourquoi changer d’éditeur, alors que pendant trente ans, j’ai sorti la plupart de mes albums chez Glénat et Dupuis ? D’abord parce que j’aime bien, de temps à autre, vivre des expériences nouvelles, d’où mes brèves incursions chez Albin-Michel, Laffond, Dargaud, Delcourt, Casterman ou Le Lombard. Mais la raison profonde n’est pas là. Lorsqu’il s’est agi de présenter le projet à mes deux éditeurs historiques, m’est revenue en tête la façon dont s’étaient passées mes dernières sorties. Il faut préciser qu’en 2016, Dupuis a édité 124 albums (et le groupe Média dans son ensemble 746) tandis que Glénat en sortait 174 (et l’ensemble du groupe 476) . Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas que la grande majorité des albums paraissent sans le moindre travail sérieux de promotion. Celle-ci est réservée aux publications « exceptionnelles »,  comme Millenium chez Dupuis, ou le Mickey de Loisel et le Zep chez Glénat. Les autres arrivent dans les bacs dans l’indifférence générale. Ce fut le cas de Missak, de Cavale, d’¡Adelante !, de Géricault ou tout récemment du Vétéran. Or avec 5000 parutions annuelles, un album qui ne bénéficie d’aucune promotion est condamné d’avance. Même quand il est écrit par un scénariste connu.

J’en étais là de mes réflexions un peu désabusées lorsqu’Olivier Szjtenfater, co-fondateur d’Attakus et de Comix-Büro, m’a parlé de son association avec Rue de Sèvres, un nouvel éditeur désireux de rompre avec le cycle infernal de la surproduction. « Nouveau » n’est peut-être pas le terme le plus approprié, car l’équipe éditoriale vient de Casterman, qu’elle a quitté après le rachat de celui-ci par Gallimard, et la maison dépend de l’Ecole des Loisirs, leader des livres pour enfants. Au printemps 2015, Olivier m’a donc mis en contact avec Nadia Gibert, directrice éditoriale, avec laquelle le contact est très bien passé. Hélas, en deux ans à peine, les bonnes résolutions du début se sont évanouies. Depuis sa création, Rue de Sèvres a déjà publié 137 albums. En conséquence, je me demande si La Guerre invisible bénéficiera bien de la tremblante promotion promise au départ. Un indice ? Mes éditrices (dont l’une a depuis rejoint Dupuis) ont déjà mis deux ans pour trouver un dessinateur !
Vous allez me dire : c’est aussi le rôle du scénariste de se trouver le partenaire adéquat ! Certes. Mais les excellents dessinateurs réalistes sont tellement recherchés que leur « carnet de commandes » est rempli des années et des années à l’avance. Ceux qui sont disponibles peuvent être bons, mais pas toujours assez talentueux pour emporter d’emblée l’enthousiasme du public. La Guerre invisible est un bon exemple de cette difficulté à trouver « l’âme sœur ».

Certains dessinateurs parmi ceux que nous avons contactés nous imposaient des délais trop longs, d’autres n’étaient pas intéressés, d’autres enfin, qui se sont prêtés au jeu des planches d’essai, n’ont pas fait l’affaire.
En voici deux exemples.
D’une part, la page de scénario ; à côté, deux essais correspondant à cette page. Plus loin, la planche d’Olivier Martin, le dessinateur qui a été finalement retenu.

C’est donc avec ce graphisme que, dans un an ou deux, vous découvrirez les premiers tomes de la série.